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LA SALLE TROIS
Historique

LA SALLE TROIS

Par Mikaël Folio

35 min de lecture 2 crédits

Publié le 12/09/2026 · Mis à jour le 24/09/2026

Synopsis

Marthe Lefebvre, infirmière bénévole dans un hôpital de campagne près de Verdun, reconnaît parmi les blessés d’un assaut nocturne Baptiste Ferrand, ancien compagnon de fosse de son frère Julien, mort trois ans plus tôt dans un effondrement de mine dont Baptiste a toujours été tenu pour responsable. Chargée malgré elle de son suivi médical, elle doit soigner l’homme qu’elle a détesté pendant trois ans. Une nuit d’orage, Baptiste lui révèle la vérité complète sur l’accident : il n’a pas fui, il a tenté jusqu’au bout de sauver Julien, qui l’a lui-même poussé vers la sortie en lui confiant sa montre pour sa sœur.

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Extrait de l'histoire

La salle trois occupait le baraquement le plus éloigné de l'entrée, celui qu'on réservait aux cas jugés les plus incertains, ceux dont le médecin-chef préférait dire prudemment qu'ils demandaient une surveillance de chaque instant plutôt que de se prononcer sur leurs chances réelles. On l'appelait parfois, entre le personnel, la salle des veilles, tant le nombre de nuits blanches passées à y surveiller un pouls ou une fièvre dépassait de loin celui des autres salles réunies. Marthe Lefebvre y travaillait depuis neuf mois, depuis qu'elle s'était portée volontaire au sortir de son village du Nord pour rejoindre l'un des hôpitaux de campagne installés à quelques kilomètres du secteur de Verdun, dans une zone que l'artillerie n'atteignait plus directement mais dont on entendait, jour et nuit, le grondement sourd et régulier.

Elle avait vingt-six ans, des mains devenues rapides et sûres à force de répétition, un carnet toujours glissé dans la poche de son tablier, et une réputation, parmi les autres infirmières, de ne jamais se laisser attendrir par un patient au point d'oublier ce que la rigueur exigeait d'elle. Certaines la trouvaient froide. Elle-même savait que cette froideur n'était qu'une manière de tenir, mise en place avec méthode depuis le premier mois, quand elle avait compris qu'un excès de compassion mal dirigée finissait toujours par affaiblir le geste au moment précis où il devait rester ferme.

Elle avait quitté son village presque sans prévenir, un matin d'automne 1915, laissant derrière elle une mère encore marquée par le deuil et un père qui avait accueilli sa décision avec un silence qu'elle avait mis longtemps à interpréter, entre la fierté et l'incompréhension pure. Personne, dans la famille, n'avait vraiment cherché à la retenir. Depuis la mort de Julien, la maison semblait s'être vidée d'une énergie que rien n'était venu remplacer, et Marthe avait fini par comprendre que partir soigner des inconnus loin d'ici lui coûtait moins que de rester assise chaque soir à la même table, face à une chaise vide qu'on n'avait jamais eu le cœur de retirer.

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