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Le Registre d'Arenc
Historique

Le Registre d’Arenc

Par Mikaël Folio

35 min de lecture 2 crédits

Publié le 24/09/2026 · Mis à jour le 24/09/2026

Synopsis

Marseille, 1720. Rose Audibert, jeune copiste au bureau de la santé, découvre dans les effets d’un matelot mort en mer un carnet qui contredit la patente officielle d’un navire venu du Levant : quatre décès dissimulés durant la traversée, une toux suspecte à bord. Alors que l’échevin Étienne Delpech, personnellement intéressé dans la cargaison, fait raccourcir la quarantaine réglementaire de dix-huit à huit jours pour ne pas manquer la foire de Beaucaire, la maladie gagne la ville dès le déchargement des marchandises. Un portefaix, Jaume Ricard, tombe malade puis meurt. Sous la pression de Delpech, le père de Rose, commis principal du bureau, est contraint de signer une fausse attestation niant l’existence du carnet. Rose recopie alors en secret, de nuit, les pages du registre officiel que Delpech veut faire disparaître, échappant de justesse à son secrétaire. Quand un intendant royal arrive pour enquêter sur l’origine de l’épidémie, elle choisit de témoigner malgré les risques pour sa famille. Confronté aux preuves, Delpech est démasqué, destitué puis condamné ; le père de Rose est disculpé. Un an plus tard, Rose occupe un poste de confiance au bureau réorganisé, chargée de vérifier elle-même la concordance entre les déclarations des capitaines et les constats médicaux.

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Extrait de l'histoire

Le bureau de la santé occupait, au rez-de-chaussée de l'hôtel de ville, une salle basse que les employés appelaient entre eux la chambre aux registres, faute d'un nom plus officiel. On y sentait toute l'année une odeur de cire à cacheter et de papier vieilli, à laquelle s'ajoutait, les jours de mistral, celle du goudron qui montait du port tout proche par la fenêtre entrouverte. Rose Audibert y travaillait depuis quatre ans, assise à la même table de chêne rayé, un encrier à portée de main et une pile de registres qu'elle tenait avec un soin que son père jugeait parfois excessif pour une simple copiste.

Elle avait vingt ans, une écriture fine que le receveur du bureau citait volontiers en exemple aux nouveaux commis, et une mémoire des chiffres qui lui permettait de repérer, presque sans y penser, l'erreur d'un total ou le doublon d'une entrée. Elle devait sa place à son père, Barthélemy Audibert, commis principal du bureau depuis près de vingt ans, qui l'avait fait engager après la mort de sa mère, emportée par une fièvre ordinaire trois hivers plus tôt, quand il était devenu évident qu'aucun des deux ne supporterait de vivre séparé le jour durant dans une ville où le malheur, une fois entré dans une maison, ne se contentait pas toujours d'une seule victime.

Les premiers mois, elle n'avait eu le droit qu'à des tâches subalternes, recopier des adresses, tenir à jour l'inventaire des fournitures, pendant que les commis plus anciens se partageaient entre eux les dossiers qui comptaient vraiment. Elle s'était fait sa place peu à peu, non par une quelconque faveur de son père, qui redoutait au contraire qu'on l'accusât de la favoriser, mais en devenant, presque malgré elle, la seule personne du bureau capable de retrouver en quelques instants une mention égarée dans des années de registres mal classés. Le receveur, un homme âgé du nom de Malaval, avait fini par lui confier la tenue des archives courantes, un poste que personne d'autre ne briguait vraiment tant il exigeait de patience, mais qui plaçait Rose, sans que quiconque y eût réellement songé, au centre de tout ce qui transitait par le bureau.

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