Accueil > Historique > LE DERNIER PLI
Publié le 12/09/2026 · Mis à jour le 24/09/2026
Synopsis
À la poste des Ternes, Augustine Vasseur se porte volontaire pour livrer un pli urgent au moment où la crue de la Seine de janvier 1910 commence à submerger Paris. En route vers le quai de Javel, elle découvre que le pli est destiné à sa sœur Blanche, dont elle est brouillée depuis trois ans. Guidée par le batelier Émile Cordier, elle traverse un Paris inondé, participe au sauvetage de son beau-frère René, bloqué dans un immeuble fissuré, puis remet enfin le pli, qui révèle que leur père mourant souhaite les revoir toutes les deux ensemble. La nuit passée dans un hangar d’évacuation devient l’occasion d’une réconciliation longtemps différée.
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Extrait de l'histoire
Le bureau de poste des Ternes sentait le papier mouillé et le charbon mouillé lui aussi, cette odeur particulière des matins d'hiver où personne n'a réussi à sécher tout à fait son manteau avant d'arriver au guichet. Augustine Vasseur classait les mandats de la veille avec une concentration qu'elle appliquait à chaque tâche, petite ou grande, depuis qu'elle avait obtenu son poste trois ans plus tôt. Elle avait vingt-quatre ans, une écriture nette qu'on lui enviait dans tout le service, et une réputation de sérieux que certains de ses collègues trouvaient un peu raide pour son âge.
Le poêle de fonte installé au centre de la salle de tri peinait à réchauffer complètement la pièce, si bien que la plupart des employés gardaient leur manteau sur les épaules une bonne partie de la matinée, soufflant parfois sur leurs doigts entre deux liasses de courrier à trier. Augustine avait fini, avec les années, par ne plus remarquer ce froid mordant de janvier, absorbée qu'elle était par la régularité rassurante de ses gestes, plier, classer, tamponner, dans un ordre qu'elle ne variait presque jamais.
Ce matin du vendredi 21 janvier, le receveur, monsieur Delcroix, entra dans la salle de tri avec un journal encore humide sous le bras et une expression qu'Augustine ne lui connaissait pas.
— La Seine continue de monter, dit-il en s'adressant à personne en particulier. On parle de trois mètres au-dessus de l'étiage à Austerlitz. Les journaux commencent à s'inquiéter pour de bon.
Personne, dans la salle de tri, n'accorda à cette nouvelle plus d'attention qu'aux inondations habituelles de janvier, qui remontaient un peu chaque hiver sans jamais vraiment déranger le service postal des Ternes, trop haut perché sur sa colline pour craindre grand-chose. Augustine elle-même termina son tri sans y penser davantage, davantage préoccupée par une lettre en retard destinée à un mandataire de la rue Guersant qu'elle devrait porter elle-même en fin de matinée, faute de facteur disponible ce jour-là.
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