Publié le 18/10/2026 · Mis à jour le 18/10/2026
Synopsis
À vingt-neuf ans, Maëlle Donnart s’apprête à traverser l’Atlantique à la rame lorsque sa coéquipière se blesse, trente-six heures avant le départ. Pour sauver leur projet, elle accepte une proposition inattendue. Son père, Gildas, prendra sa place, malgré vingt-neuf années loin des avirons.
Sur six mètres de coque, les quarts de nuit, la fatigue et les silences les obligent à partager davantage qu’un effort physique. Mais un sujet demeure interdit entre eux, la disparition de Solange, mère de Gildas, lors d’une ancienne édition à la voile de la même course.
Au trente-cinquième jour de mer, un vieux récepteur capte un indicatif radio que les archives associent à son bateau. Simple coïncidence ou trace d’un passé que l’on croyait perdu ? Maëlle veut comprendre. Gildas redoute ce qu’ils pourraient trouver.
À l’approche de l’arrivée, un récif isolé devient une destination possible. Pour l’atteindre, père et fille devront renoncer à leur classement, affronter les risques d’un détour et décider jusqu’où ils sont prêts à aller pour rompre le silence familial.
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Extrait de l'histoire
Le hangar de Lanvallec sentait la résine et le sel séché, et Maëlle Donnart vérifiait pour la troisième fois les sangles de son siège coulissant quand Prune Vasles est tombée dans l'escalier du ponton. Un faux pas sur la dernière marche, un genou qui a cédé dans un bruit sourd que Maëlle entendrait encore des semaines plus tard, et c'était fini. Entorse grave, ligament probablement rompu. Le médecin de course a confirmé deux heures plus tard qu'elle n'avait aucune chance de prendre le départ de la Trans-Ar Mor dans trente-six heures.
Maëlle avait passé quatorze mois à préparer cette traversée. Quatre mille huit cents kilomètres à la rame, en duo, de Lanvallec jusqu'à Port-Désirée, sur l'île de Grancarbet. Elle connaissait par cœur les courants, les zones de calme équatorial à éviter, le poids exact de chaque ration lyophilisée empilée dans les coffres étanches du bateau. Elle avait appris la mécanique des panneaux solaires, le réglage du désalinisateur, la transmission des relevés météo que la course exigeait chaque matin. Ce qu'elle ne savait pas faire, c'était ramer seule sur un océan pendant quarante jours. Le règlement de la course imposait de toute façon un duo. Autrefois réservée aux voiliers, avec des catégories en solitaire et en double, la Trans-Ar Mor avait changé de format pour devenir une traversée à la rame.
Elle avait découvert l'aviron de mer à vingt-deux ans, par un article lu presque par hasard sur une traversée de l'Atlantique nord, et elle s'était entraînée pendant sept ans avant d'oser s'inscrire à une course de cette ampleur. Son métier de kinésithérapeute à Lanvallec lui laissait des horaires suffisamment souples pour s'entraîner tôt le matin, avant les premiers patients, sur le plan d'eau où elle avait rencontré Prune Vasles trois ans plus tôt, lors d'un stage régional. Elles s'étaient tout de suite bien entendues, assez pour monter ensemble un projet qu'aucune des deux n'aurait porté seule jusqu'au bout. Voir ce projet s'effondrer en une chute d'escalier lui donnait l'impression absurde d'avoir construit une maison entière pour la regarder s'écrouler la veille d'y emménager.
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