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Le Planeur de San Antolín
Aventure

Le Planeur de San Antolín

Par Mikaël Folio

38 min de lecture 2 crédits

Publié le 27/10/2026 · Mis à jour le 27/10/2026

Synopsis

Quarante ans après la disparition de son grand-père au-dessus des Andes, Iris Castellan s’apprête à reprendre le parcours qu’il avait tracé dans son carnet de vol. À San Antolín, Aurelio reste une légende de l’aéroclub et une blessure dont sa famille parle peu. Pour Iris, voler n’a pourtant rien d’une trahison. C’est une passion conquise malgré les deuils, les études interrompues et les réticences des siens.

Son oncle Raúl accepte de la suivre au sol, sans approuver son projet. Entre eux, l’héritage de l’atelier familial a creusé une distance que ni l’un ni l’autre ne sait franchir. Dans le ciel, Iris compte sur sa préparation et sur les conseils d’Hilario, un ancien compagnon d’Aurelio.

Mais le vent se renforce plus vite que prévu. Contrainte d’abandonner sa tentative, elle se pose sur les terres isolées de Benita Ibarra, une femme qui veille seule sur son estancia. Un hangar fermé et une ancienne querelle entre leurs familles éveillent bientôt des questions inattendues.

Au pied des montagnes, Iris découvre que certains silences se transmettent aussi sûrement que les souvenirs. Pour retrouver ce qui les lie, elle et Raúl devront accepter d’interroger l’histoire qu’ils ont toujours tenue pour vraie.

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Extrait de l'histoire

Iris Castellan avait grandi en entendant dire que son grand-père s'était tué bêtement, un jour de vent trop fort, par orgueil et par entêtement, et qu'il ne fallait jamais prononcer son prénom à table devant son propre fils. Elle avait dix ans la première fois qu'elle avait osé demander pourquoi, et son père lui avait répondu d'un ton sec qu'il n'y avait rien à comprendre de plus que ce qu'elle venait d'entendre. En octobre 2018, vingt-quatre ans plus tard, assise dans l'habitacle étroit d'un planeur Libelle immatriculé LV-KZT, elle s'apprêtait à reprendre le parcours prévu pour le vol qui avait coûté la vie, ou du moins ce qu'on en savait, à Aurelio Castellan.

Sa mère, Esperanza, racontait les choses un peu différemment, surtout les mauvais soirs, quand Tomás n'était pas là pour l'entendre. Elle disait qu'Aurelio n'avait jamais été un homme ordinaire, qu'il réparait les radios des voisins sans rien demander en échange, qu'il savait prédire la pluie trois jours à l'avance rien qu'en regardant la couleur du ciel au-dessus de la cordillère, et qu'un homme pareil ne disparaissait pas pour une simple question d'orgueil. Elle n'avait pourtant jamais poussé plus loin, et Iris avait fini par ranger ces bribes avec le reste, dans la case des histoires de famille qu'on ne rouvre pas sans se faire mal.

À dix-huit ans, Iris était partie étudier l'ingénierie aéronautique à Córdoba, portée par une attirance qu'elle n'aurait pas su expliquer autrement que par un goût ancien pour les carlingues et les plans de vol qu'elle dessinait, enfant, sur les cahiers d'école pendant les cours d'histoire. Elle avait interrompu ses études en troisième année, le temps de rentrer s'occuper d'Esperanza pendant un traitement contre un cancer du sein qui avait duré quatorze mois, et avait repris sa formation, en aménageant son emploi du temps une fois sa mère déclarée en rémission, sans jamais retrouver tout à fait l'élan des premières années. C'est à cette période, le cœur encore lourd des mois passés à l'hôpital régional, qu'elle avait commencé, en cachette de son père alors vivant, à traîner le dimanche autour de la piste de San Antolín, sans oser s'inscrire à un cours avant la mort de Tomás, trois ans plus tard.

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