Publié le 13/10/2026 · Mis à jour le 27/10/2026
Synopsis
Léa Rouvier a consacré deux années à préparer la Transaltaï, une course de mille kilomètres à travers les hauts plateaux de l’Altaï mongol. À vingt-neuf ans, elle espère laisser derrière elle un emploi quitté, une relation éteinte et les questions auxquelles elle ne sait plus répondre. Au cinquième jour, elle figure parmi les premières concurrentes.
Puis son cheval s’arrête devant le puits de Nourkhan. Au fond, il n’y a plus d’eau.
Oyun Baatar, la guide qui l’accompagne, connaît l’inquiétude des éleveurs et leurs démarches restées sans réponse. Léa découvre bientôt que ces lieux figurent aussi dans le carnet de son père, un géologue mort cinq ans auparavant. Elle avait emporté ses notes sans les ouvrir. Elles donnent désormais à chaque relais une autre destination.
Entre les relevés des familles, les silences de l’organisation et la présence d’un puissant sponsor minier, les questions se multiplient. Oyun risque son revenu de guide. Léa voit s’éloigner le classement pour lequel elle s’est tant entraînée. Aucune des deux ne possède encore toutes les réponses.
Dans cette steppe qu’elle voulait traverser au plus vite, Léa devra décider ce qui mérite qu’on s’arrête, et jusqu’où elle est prête à accompagner ceux qui y resteront.
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Extrait de l'histoire
Le vent de l'Altaï mongol n'avait pas de direction fixe. Il venait de partout à la fois, rabattait la poussière contre les paturons des chevaux, puis repartait comme s'il avait changé d'avis. Léa Rouvier l'avait appris dès le premier jour de la Transaltaï. On ne montait pas contre ce vent, on montait avec lui, en laissant sa monture choisir l'angle le plus juste.
Le premier jour de course avait commencé avant l'aube, sous un ciel encore chargé d'étoiles, dans une agitation de chevaux piétinant et de concurrents vérifiant pour la dixième fois des sangles déjà bien ajustées. Léa se souvenait de l'instant précis où le départ avait été donné, un simple drapeau levé par un commissaire sans micro ni haut-parleur, et du silence presque total qui avait suivi, à peine troublé par le martèlement sourd de cinquante chevaux qui prenaient le départ au trot sur une terre sèche. Elle avait couru ce premier tronçon sans penser à rien d'autre qu'à l'équilibre de sa propre respiration, vidée d'un coup de toutes les questions qui l'avaient occupée les mois précédents à Paris.
Elle était en troisième position au classement général, au départ de la cinquième journée, et cela ne l'étonnait plus. Ce qui l'étonnait encore, après quatre jours de course, c'était la facilité avec laquelle son corps avait retrouvé les gestes d'une discipline qu'elle pratiquait depuis l'adolescence. Elle gardait la main souple, accompagnait les mouvements de sa monture dans les descentes de rocaille et prêtait davantage attention à son souffle qu'au sien.
La Transaltaï se courait sur mille kilomètres, répartis en huit journées dans l'ouest de la Mongolie. Chaque étape comportait plusieurs relais, espacés d'une trentaine à une quarantaine de kilomètres. Les familles d'éleveurs fournissaient des chevaux habitués à vivre en liberté et préparés pour leur tronçon. Les vétérinaires les examinaient avant le départ et à leur arrivée, et une monture qui ne récupérait pas devait rester au repos. Les concurrents voyageaient avec un sac de selle limité à cinq kilos, pesé au départ, tandis que l'organisation transportait le matériel collectif entre les camps. On emportait une trousse de soins, une gourde filtrante, une couverture de survie et quelques rations. Léa avait ajouté, sans trop y réfléchir la veille du départ, un carnet qu'elle n'avait jamais ouvert.
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