Accueil > Comédie / Feel-good > La Confiture de la discorde
Publié le 23/09/2026 · Mis à jour le 26/10/2026
Synopsis
À Sainte-Colombe-sur-Vère, on ne plaisante pas avec la confiture. Depuis dix-sept ans, Odile Rousselet remporte le concours du village avec ses mirabelles et une conviction inébranlable. À soixante-douze ans, elle tient autant à sa couronne en carton doré qu’aux arbres plantés par son grand-père.
Camille Aubertin, trente-quatre ans, arrive de la région lyonnaise avec une camionnette, des associations de saveurs audacieuses et onze mille abonnés. Elle espère participer à une fête sympathique. Mais lorsque le nouveau logiciel municipal proclame les deux femmes gagnantes à égalité, la place du village se transforme en champ de bataille.
Le maire promet un duel, les habitués du bar choisissent leur camp et un journaliste attise les discussions. Odile cherche la recette qui préservera son titre. Camille hésite entre repartir et prouver qu’elle mérite sa place. Une cueillette mal avisée dans un verger pourtant bien entretenu ne facilite pas leur rencontre.
À mesure que les essais s’accumulent, les deux rivales découvrent qu’elles ont peut-être autre chose à partager que des reproches. Entre bocaux, conseils réticents et souvenirs gardés dans un carnet, cette querelle pourrait bien prendre une saveur que personne n’avait prévue.
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Extrait de l'histoire
Odile Rousselet possédait quarante-trois pots de confiture de mirabelles rangés dans sa cave, classés par année sur une étagère qu'elle avait fait construire sur mesure par le menuisier du village, uniquement pour ça. Elle n'en vendait aucun et n'en offrait jamais. Ces vieux pots ne se mangeaient plus. Le premier dimanche de l'Avent, elle époussetait leurs étiquettes et se rappelait chaque récolte, puis ouvrait un pot de l'année pour vérifier, disait-elle, qu'elle n'avait pas perdu la main. Dix-sept fois de suite, elle avait remporté le concours de la fête de Sainte-Colombe-sur-Vère, et dix-sept fois de suite, on l'avait couronnée Reine de la Confiture sur l'estrade dressée devant la mairie, un titre honorifique inventé quarante ans plus tôt par un maire en mal d'animation et devenu, au fil du temps, la seule chose qui comptait vraiment un samedi d'août dans ce village de neuf cents habitants.
Elle avait soixante-douze ans, un mari mort depuis six ans qu'elle appelait encore parfois pour lui demander où il avait rangé le sécateur, deux enfants installés loin, l'un à Rennes et l'autre au Canada, et sept mirabelliers plantés par son grand-père qu'elle continuait de tailler elle-même, du haut d'un escabeau que son fils lui interdisait par téléphone toutes les semaines sans le moindre effet. Le concours n'était pas un passe-temps. C'était, depuis la mort de Marcel, la preuve tangible qu'elle savait encore faire quelque chose mieux que n'importe qui d'autre dans un rayon de vingt kilomètres.
Le titre de Reine de la Confiture remontait à un maire des années quatre-vingt, un certain Fernand Ligonnet, qui avait inventé la distinction un été où la fête du village manquait cruellement d'attractions et où personne n'avait osé lui dire que couronner une confiturière relevait d'un enthousiasme un peu disproportionné. Quarante ans plus tard, l'idée tenait toujours, portée par une poignée de rituels que personne n'aurait su justifier logiquement mais que tout le monde respectait scrupuleusement. Il y avait la couronne en carton doré refaite chaque année par l'école primaire dans le cadre d'un projet d'arts plastiques, le passage obligé de la gagnante devant le monument aux morts pour la photographie officielle, et le discours du maire, invariablement trop long, sur les valeurs du terroir. Odile connaissait ce rituel mieux que quiconque, l'ayant vécu dix-sept fois, et elle avait fini par tenir la liste, année par année, dans un petit carnet à spirale rangé entre son livret de messe et son ordonnance pour la tension.
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