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Publié le 07/10/2026 · Mis à jour le 26/10/2026
Synopsis
Pour son premier pot de départ organisé seule, Sandrine Aubry a tout prévu. Les chaises, le buffet, le discours et surtout la plaque destinée à Fernand Kowalski, magasinier de la Menuiserie Vasseur depuis quarante-deux ans. Cet homme peu bavard mérite des adieux soignés, même si personne ne sait vraiment comment le faire sourire.
La veille de la cérémonie, Sandrine ouvre le carton du graveur. À la place de la plaque, elle découvre un brochet doré récompensant le champion d’un concours de pêche. Le véritable cadeau est parti chez une amicale installée de l’autre côté des collines. Il faudra le récupérer au petit matin, avec Théo Lambrecht, son collègue de la communication, aussi prompt à proposer son aide qu’à corriger le travail des autres.
Ce qui devait être un simple échange de colis devient une matinée de détours et de contretemps. Dans le local des pêcheurs, une photographie et de petites barques en bois éveillent pourtant une curiosité inattendue.
À mesure que son programme se défait, Sandrine découvre qu’un hommage ne se prépare pas seulement avec une liste de tâches. Encore faut-il apprendre à regarder celui qu’on souhaite remercier, sans décider à sa place de ce qu’il voudrait partager.
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Extrait de l'histoire
Ce mercredi de septembre, Sandrine Aubry avait listé quatorze tâches sur son carnet pour le pot de départ de Fernand Kowalski, et elle en avait déjà rayé onze quand Théo Lambrecht poussa la porte de son bureau sans frapper, un café à la main et l'air de quelqu'un qui vient annoncer une mauvaise nouvelle avec plaisir.
— Tu as pensé aux chaises pliantes pour la cour ? Parce que si on met tout le monde dans le réfectoire, ça va sentir la friture de la cantine jusqu'à vingt heures.
Sandrine leva les yeux de son écran. Deux ans qu'elle occupait le poste d'assistante ressources humaines à la Menuiserie Vasseur, et deux ans que Théo, responsable communication depuis un peu plus longtemps qu'elle, trouvait le moyen de s'inviter dans chacun de ses dossiers avec une remarque qui sonnait comme un conseil et se comportait comme une correction.
— Les chaises sont commandées, dit-elle. Trente pliantes, plus les bancs de l'atelier bois qu'on va sortir dans la cour. Demain, le traiteur livre à seize heures trente, le discours de madame Vasseur est prévu pour dix-sept heures. La plaque arrive ce matin chez Ott.
— La plaque de qui, au fait ? Fernand ou Kowalski ? Parce qu'on l'appelle jamais par son prénom, ce type.
— Fernand Kowalski. Quarante-deux ans de maison. On grave son nom en entier, avec la date, comme pour tout le monde.
Théo s'assit sur le coin du bureau, ce qui agaçait toujours un peu Sandrine sans qu'elle sache dire pourquoi exactement, peut-être parce que ce geste-là, chez lui, ressemblait à une manière de prendre possession d'un territoire qui n'était pas le sien.
— Tu sais qu'il a jamais dit plus de dix mots à la même personne en une journée, ce mec ? En quatre ans que je bosse ici, je crois que je l'ai entendu rire une fois. Une fois.
— C'est justement pour ça qu'on lui fait un vrai pot de départ, dit Sandrine. Pas parce qu'il en a besoin. Parce qu'il le mérite, même s'il ne le demandera jamais.
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