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Le Flamant voyage en première
Comédie / Feel-good

Le Flamant voyage en première

Par Mikaël Folio

41 min de lecture 2 crédits

Publié le 02/10/2026 · Mis à jour le 26/10/2026

Synopsis

Après vingt-huit ans chez Transports Guilloux, Léonie Kermadec a pris sa décision. Elle va quitter les tournées pour rejoindre sa sœur à Sète. Sa lettre de démission attend dans son sac, et rien ne devrait l’empêcher de la remettre ce matin.

Rien, sauf un collègue malade, un client inquiet et un flamant rose de quatre-vingts kilos à livrer avant dix-neuf heures pour des noces d’or. Pour l’accompagner, son patron lui confie Yanis Traoré, jeune diplômé de logistique dont le costume impeccable et le classeur soigneusement organisé semblent assez mal préparés à cette première journée.

Lorsque le camion tombe en panne au milieu de la campagne, les routes coupées par une manifestation cycliste compliquent chaque solution. Léo connaît son métier, mais même vingt-huit ans d’expérience ne suffisent pas à faire avancer un oiseau en résine sans véhicule. Il faudra demander de l’aide, revoir les plans et apprendre à travailler ensemble.

Entre rencontres imprévues, détours et conversations moins anodines qu’elles n’en ont l’air, cette livraison prend une place que ni Léo ni Yanis ne lui avaient réservée. Car l’une prépare son départ tandis que l’autre cherche encore comment commencer.

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Extrait de l'histoire

Ce vendredi de la fin mai, Léonie Kermadec arriva chez Transports Guilloux à six heures moins le quart, comme tous les matins depuis vingt-huit ans, et se gara sur l'emplacement qu'elle occupait depuis si longtemps que personne d'autre n'aurait osé s'y installer, même un dimanche. Elle portait le même blouson bleu marine que l'hiver précédent, un thermos de café tenu par l'anse comme une arme et, dans la poche intérieure de son sac, une enveloppe qu'elle avait glissée là la veille au soir après l'avoir relue trois fois sur la table de sa cuisine.

Elle n'avait rien dit à personne. Elle comptait la poser sur le bureau de Fabien Guilloux avant l'ouverture, quand le hangar était encore vide, pour ne pas avoir à croiser de regards pendant qu'elle le ferait. C'était une lettre de démission, deux phrases tapées à l'ordinateur de la médiathèque parce que son imprimante n'imprimait plus, et une date de départ souhaitée pour la fin juin, dont elle devait encore convenir avec Fabien. Vingt-huit ans de tournées, de colis fragiles calés entre deux couvertures, de clients satisfaits ou furieux, et cette décision qu'elle portait depuis des mois sans oser la formuler devant qui que ce soit, pas même devant sa sœur Annette, qui l'attendait pourtant à Sète depuis trois étés avec une chambre prête et un carrelage à refaire ensemble.

Elle avait commencé chez Transports Guilloux l'année de ses vingt-quatre ans, sur les conseils de son défunt mari, Jean-Paul, qui conduisait déjà des poids lourds pour une entreprise concurrente et qui l'avait convaincue, un soir de doute professionnel où elle envisageait de reprendre des études d'infirmière, que rien ne valait le métier de la route pour quelqu'un qui détestait rester assis derrière un bureau. Il était mort d'un infarctus onze ans plus tôt, un dimanche matin, en taillant la haie du jardin, et Léo avait continué de conduire, seule désormais, avec la sensation diffuse que chaque tournée réussie honorait un peu sa mémoire. Sa sœur Annette, installée à Sète depuis son propre veuvage, lui répétait à chaque appel téléphonique que la maison avait une chambre libre, une vue sur les étangs et un carrelage de terrasse qui ne demandait qu'à être refait à deux, mais Léo avait toujours trouvé une bonne raison de reporter, une tournée importante, un contrat à honorer, un nouveau à former. Cette fois, elle s'était promis de ne plus se chercher d'excuse.

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