Accueil > Drame > Ce que les mains ne disent pas

Ce que les mains ne disent pas
Drame

Ce que les mains ne disent pas

Par Mikaël Folio

39 min de lecture 2 crédits

5/5 · 1 avis

Publié le 25/09/2026 · Mis à jour le 26/10/2026

Synopsis

Depuis quinze ans, Louise Fabre prête sa voix et ses mains aux autres. Interprète en langue des signes à Rennes, elle connaît les exigences de son métier et les précautions qui permettent à chacun de comprendre et de répondre. Pourtant, depuis six ans, elle ne sait plus comment parler à sa propre fille, Camille, sourde et désormais installée à Nantes.

Un mardi matin, Louise assure un remplacement au tribunal. Nadia Kourdi, mère sourde d’un garçon de quatre ans, conteste une proposition de placement. Le rapport qui la décrit s’appuie sur des entretiens menés sans interprète, parfois avec l’aide de sa fille adolescente. À mesure que les échanges avancent, Louise mesure ce qui peut se perdre entre une question, un geste et le regard de celui qui croit avoir compris.

Une remarque de Nadia fait ressurgir une ancienne dispute avec Camille. Louise avait voulu lui ouvrir toutes les portes. Sa fille lui reprochait de choisir à sa place.

Entre la fidélité due aux paroles qu’elle traduit et les silences derrière lesquels elle s’abrite, Louise doit trouver une manière plus juste d’être présente. Mais écouter les autres peut devenir redoutable lorsque leurs mots obligent à regarder ce qu’on n’a pas voulu entendre chez soi.

Écouter un extrait

Cette histoire en chiffres

Classement
Non classée

Classement par affichages sur 30 jours parmi les histoires publiées. Ex æquo possibles ; sans affichage, cette histoire reste non classée.

Vues · 30 jours
0

Affichages de cette page sur les 30 derniers jours, pas lecteurs uniques ni lectures complètes.

Vues · 400 jours
0

Affichages enregistrés sur les 400 derniers jours, uniquement depuis le début du comptage. Ce ne sont pas des lectures complètes.

Extrait de l'histoire

Louise Fabre se levait toujours avant l'alarme, à cinq heures quarante, parce que son corps avait fini par apprendre l'horaire mieux que son téléphone. Elle faisait chauffer l'eau, sortait une seule tasse de l'égouttoir, et pendant que le café passait, elle relisait ses convocations du jour sur un carnet à spirale plutôt que sur un écran, une habitude prise à ses débuts d'interprète et qu'elle n'avait jamais eu de raison sérieuse d'abandonner. Ce mardi-là, le carnet ne portait qu'un rendez-vous, noté en lettres serrées. Neuf heures, tribunal judiciaire de Rennes, audience d’assistance éducative devant le juge des enfants, dossier Kourdi.

Elle habitait un trois-pièces au deuxième étage d'un immeuble en pierre, non loin du Thabor, et sa fenêtre de cuisine donnait sur une cour où un érable perdait ses feuilles avec un mois d'avance sur tous les autres arbres de la rue. Elle regardait cet arbre chaque matin sans se lasser de cette anomalie, sans chercher à la comprendre. C'était une des rares choses, dans sa vie, qu'elle laissait volontiers inexpliquées.

Elle avait emménagé dans cet appartement après son divorce, dix ans plus tôt. Depuis le départ de Camille, elle y vivait seule et avait fini par s'accommoder de ce silence comme d'un collègue de longue date, exigeant mais familier. Elle voyait peu de monde en dehors du travail. Deux ou trois interprètes de sa génération, croisées d'audience en audience, avec qui elle partageait parfois un repas rapide entre deux missions, et une voisine du dessous, Monique, qui lui gardait son courrier quand elle partait plusieurs jours pour des missions dans d'autres tribunaux de la région. Le soir, elle ne mettait presque jamais la télévision, sauf pour un film qu'elle regardait sans le son, par habitude professionnelle autant que par goût, en lisant les sous-titres du coin de l'œil. Elle évitait en revanche, sans se l'avouer clairement, le journal en langue des signes diffusé chaque semaine sur une chaîne publique, ou d'autres programmes interprétés. Elle changeait de chaîne dès que l'écran incrusté apparaissait dans le coin de l'image, avec la régularité d'un réflexe plus que d'un choix conscient.

🔒

Histoire verrouillée

La suite de cette histoire est réservée aux lecteurs qui l'ont débloquée avec leurs crédits.

Débloquer cette histoire — 2 crédits

Avis des lecteurs

5/5 · 1 avis

Histoires du même genre

  • Le Reste de la peine

    Le Reste de la peine

    À vingt-six ans, Solène Antunes connaît chaque bruit du secteur adapté de la maison d'arrêt de Vaucourt. Elle accomplit son travail avec rigueur et parle (…)

    35 min de lecture

  • Le Nom sur le dossier

    Le Nom sur le dossier

    Depuis huit ans, Camille Reyniès accompagne les familles confrontées à la mort d'un proche au CHU de Bellefontaine. Elle sait écouter, expliquer et rester (…)

    39 min de lecture

  • L'Appel sans visage

    L’Appel sans visage

    Depuis neuf ans, Claire Desmoulins répond aux appels d’urgence du Samu. Elle connaît les silences qui précèdent les mots difficiles, les voix qu’il faut (…)

    34 min de lecture

Toutes les histoires : Drame