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Le Reste de la peine
Drame

Le Reste de la peine

Par Mikaël Folio

35 min de lecture 2 crédits

Publié le 26/10/2026 · Mis à jour le 26/10/2026

Synopsis

À vingt-six ans, Solène Antunes connaît chaque bruit du secteur adapté de la maison d’arrêt de Vaucourt. Elle accomplit son travail avec rigueur et parle peu de sa vie. Depuis sept ans, elle garde pour elle la mort de Nathan, son frère de dix-sept ans, renversé à vélo par un conducteur ivre.

Un lundi de novembre, un nom apparaît sur le registre des transferts. Gilbert Chaumont. L’homme condamné pour cet accident arrive dans son secteur, vieilli, affaibli par la maladie. Désormais, c’est elle qui doit ouvrir la porte de sa cellule, croiser son regard et répondre à ses demandes ordinaires.

Solène croit pouvoir tenir son histoire à distance de ses fonctions. Mais lorsqu’on lui demande des observations pour accompagner une requête en suspension de peine, cette séparation devient fragile. Entre les silences de Chaumont, l’attention d’un collègue et les souvenirs qu’elle n’a jamais voulu relire, elle se retrouve face à ce que sa réserve ne suffit plus à protéger.

Comment continuer à faire son travail quand chaque geste touche à une douleur intime ? Et que peut-on entendre d’un homme dont on ne veut rien attendre ? Un drame sur le deuil, la responsabilité et les mots que l’on apprend à ne plus porter seul.

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Extrait de l'histoire

Solène Antunes connaissait le bruit de chaque porte de l'aile médicalisée avant même de la toucher. Celle de la cellule sept grinçait sur la gauche parce que le gond avait été changé trop vite, un jour de sous-effectif. Celle de la neuf claquait sec, presque joyeuse, comme si elle n'avait pas compris où elle se trouvait. Celle du local à linge, au bout du couloir, ne fermait plus complètement depuis l'hiver précédent, et personne n'avait jamais trouvé le temps de la faire réparer. Après cinq ans de service à la maison d'arrêt de Vaucourt, dont deux dans ce secteur réservé aux détenus trop malades ou trop âgés pour le reste du bâtiment, Solène avait appris à lire l'établissement par les sons plutôt que par les visages.

Elle avait aussi appris, sans jamais le formuler à voix haute devant un collègue, à ne lire les dossiers d'arrivée qu'à moitié. Le motif de la peine, la date de libération prévue, les consignes de sécurité et d'accompagnement, elle les retenait avec soin, parce que c'était son travail et qu'une erreur pouvait avoir des conséquences. Les traitements et les dossiers médicaux relevaient, eux, de l'équipe soignante. Le récit des faits, lorsqu'il figurait dans les pièces administratives qu'elle consultait, elle le sautait presque systématiquement depuis son entrée dans le métier. Une habitude de survie, avait fini par lui dire une psychologue du personnel, lors d'un entretien qu'elle n'avait jamais voulu prolonger par un second rendez-vous. Solène avait laissé l'habitude s'installer sans chercher à la comprendre davantage, convaincue qu'elle lui rendait service plus qu'elle ne lui nuisait.

La maison d'arrêt de Vaucourt occupait un bâtiment des années soixante-dix, en périphérie d'une ville moyenne que personne, hormis ceux qui y travaillaient ou y avaient de la famille détenue, ne connaissait vraiment. Ce qu'on appelait dans le service l'aile médicalisée était un petit secteur de détention adapté, installé dans une extension plus récente, près de l'unité sanitaire. Il comptait six cellules individuelles, et un bureau où les surveillants se relayaient entre deux tournées. L'équipe hospitalière intervenait dans les salles de soins voisines. On y accueillait des détenus dont l'état permettait encore un maintien en détention avec un accompagnement renforcé, parfois dans l'attente d'une place à l'hôpital. Ce n'était pas un service hospitalier, même si la proximité des soins et la fragilité de ceux qui y vivaient finissaient par modifier le rythme de chaque journée.

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