Accueil > Fantastique > LA VÉRITÉ DU LUNDI
Publié le 16/10/2026 · Mis à jour le 24/10/2026
Synopsis
À vingt-neuf ans, Flavie Orcel s’installe à Sallenoix avec un studio meublé, une rupture qu’elle préfère ne pas raconter et des liens presque rompus avec sa sœur. Son nouvel emploi au Crédit Municipal lui promet surtout des nuits tranquilles. Avant la fermeture de l’établissement, elle doit inventorier une arrière-boutique où s’entassent les objets oubliés.
Dans un carton mal étiqueté, elle découvre une vieille machine à écrire. Un lundi, vers vingt-trois heures dix, les touches se mettent à frapper toutes seules. Sur la feuille apparaît un secret concernant une cliente. Puis viennent d’autres messages, d’autres vies entrevues derrière les fiches et les guichets. Ce que Flavie apprend change peu à peu sa façon de regarder les gens qu’elle côtoie.
Mais la machine ne lui appartient pas. Lorsqu’elle est inscrite à la dernière vente aux enchères, Flavie ne dispose ni de beaucoup de temps ni de l’argent nécessaire pour espérer la garder. Et à force de guetter les vérités des autres, elle risque de rencontrer celle qu’elle s’efforce depuis des mois de tenir à distance.
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Extrait de l'histoire
Le Crédit Municipal de Sallenoix occupait, depuis 1897, un hôtel particulier étroit de la rue des Tanneurs, coincé entre une pharmacie et un magasin de literie qui changeait de propriétaire tous les deux ans sans jamais changer de vitrine. Flavie Orcel y avait pris son poste un mardi du début de septembre, parce que l'annonce promettait des horaires de nuit compatibles avec le reste de sa vie, qui à l'époque ne consistait en rien de particulier à protéger. Elle avait vingt-neuf ans, un studio meublé à l'année loué dans la précipitation, et une sœur à qui elle ne parlait plus que pour les anniversaires, par messages brefs qu'aucune des deux ne relançait jamais.
Sallenoix comptait un peu moins de onze mille habitants, resserrés le long d'une rivière paresseuse, la Vionne, que les cartes postales vendues au tabac-presse de la place présentaient toujours au même endroit, sous le même pont de pierre, comme si la ville tenait à rappeler qu'elle avait eu, un jour, un centre digne de ce nom. Flavie n'y connaissait personne avant son arrivée. Elle avait choisi cette ville sur une carte, au hasard d'une annonce, surtout parce qu'elle était assez loin de l'appartement qu'elle avait partagé avec Thomas pour qu'elle n'y croise jamais, par accident, un visage familier, et assez proche de la gare pour qu'elle puisse, en théorie, repartir vite si elle en avait encore besoin.
Elle n'avait prévenu Victoire de son déménagement que par un message laconique, envoyé après coup, auquel sa sœur avait répondu par un simple « d'accord, appelle-moi si besoin », qu'elles avaient toutes les deux, chacune de son côté, pris pour une formule de politesse plutôt que pour une main tendue. Flavie passait ses journées à dormir par tranches irrégulières, ses fins d'après-midi à préparer des repas simples qu'elle mangeait seule devant la fenêtre, et ses nuits, désormais, rue des Tanneurs, dans un bâtiment qui sentait la poussière de papier et le cuivre des anciens comptoirs.
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