Accueil > Fantastique > LA VISITE DE TROP
Publié le 13/10/2026 · Mis à jour le 24/10/2026
Synopsis
Depuis six mois, Noémie Albaric tente de refaire sa vie à Trouville-sur-Mer. Après onze années dans l’immobilier à Rouen et une rupture douloureuse, elle espérait trouver sur la côte un nouveau départ. Mais parmi les dossiers que son patron lui a confiés, une maison résiste à toutes ses visites.
La villa les Embruns est à vendre depuis onze ans. Son jardin envahi et ses volets fatigués n’expliquent pas tout. À l’étage, devant une porte obstinément fermée, les acheteurs perdent soudain l’envie de rester. Un froid anormal, une sensation de présence, puis la même hâte de redescendre. Noémie commence à douter qu’un serrurier suffise à régler le problème.
Lorsqu’elle retrouve une vieille clef de laiton au fond du coffre de l’agence, elle décide de retourner seule à la villa. Ce qui l’y attend la pousse à chercher dans les archives d’une tempête ancienne et dans la vie de ceux qui ont quitté ces lieux sans pouvoir tout emporter.
Alors qu’un jeune couple envisage enfin d’y construire son avenir, Noémie doit comprendre ce que cette maison retient encore. Pour réussir cette vente, il lui faudra peut-être apprendre à écouter autre chose que les objections des acheteurs.
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Extrait de l'histoire
La villa les Embruns se tenait au bout de la rue des Bains comme une dent cassée dans une rangée par ailleurs impeccable, entre deux maisons de maître repeintes de frais et un hôtel particulier transformé en chambres d'hôtes. Son crépi gris avait perdu la bataille contre l'air salé depuis longtemps, ses volets bleus pendaient d'un gond sur deux, et pourtant, chaque fois que Noémie Albaric s'arrêtait devant pour en vérifier la façade avant une visite, elle lui trouvait quelque chose d'attendrissant, presque un air de chien abandonné qui continuerait d'espérer malgré tout.
Le jardin, livré depuis des années à lui-même, avait fini par ressembler davantage à un petit bois côtier qu'à un jardin de villégiature, les hortensias devenus arbustes se disputant l'espace avec des ronces et deux pommiers que personne n'avait jamais taillés. On devinait, sous la mousse qui recouvrait les dalles, l'ancien tracé d'une allée qui devait autrefois relier le portail à la porte d'entrée en ligne droite, avant que la végétation n'en efface presque entièrement le tracé. À l'intérieur, les pièces du rez-de-chaussée gardaient une distribution que les agents immobiliers appelaient entre eux à l'ancienne, avec un salon et une salle à manger séparés par une double porte vitrée, une cuisine reléguée sur l'arrière de la maison comme c'était la coutume à l'époque où on ne recevait pas dans les odeurs de cuisson.
Trois agences s'étaient succédé sur ce dossier avant celle de Bertrand Fouquet, chacune avec son lot d'explications différentes pour justifier l'absence d'acheteur, le prix d'abord, puis les travaux nécessaires, puis, plus vaguement, la malchance. Noémie avait repris le dossier sans connaître aucun de ces détails, simplement parce qu'il figurait, avec une dizaine d'autres, dans le lot de mandats que Fouquet lui avait confiés à son arrivée en lui disant, avec un sourire qui n'annonçait rien de bon, que c'étaient les dossiers dont plus personne à l'agence ne voulait vraiment s'occuper.
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