Accueil > Fantastique > LE QUATRIÈME CLICHÉ
Publié le 13/10/2026 · Mis à jour le 24/10/2026
Synopsis
Ninon entretient les derniers photomatons argentiques de la région. Elle aime ces mécanismes anciens, les tournées solitaires et les problèmes qu’un tournevis suffit à résoudre. Mais, dans la petite gare de Pont-Vèze, une cabine lui résiste. Sur une bande prise lors d’un simple essai, les trois premiers portraits sont bien les siens. Le quatrième montre un homme qu’elle n’a jamais rencontré.
En cherchant à comprendre ce défaut impossible, Ninon fait la connaissance de René, un ancien cheminot qui revient chaque semaine dans l’espoir d’apercevoir un visage perdu de vue. Ses confidences réveillent chez elle une absence qu’elle préfère habituellement taire. Depuis quatre ans, sa sœur Margaux et elle ont laissé une dispute familiale se transformer en silence.
La cabine, pourtant, risque de disparaître. Son entretien coûte cher, et les rumeurs commencent à attirer une attention dont ses habitués se passeraient volontiers. Entre les exigences de son employeur, la curiosité d’une créatrice de contenus et les traces laissées par un ancien réparateur, Ninon cherche ce qu’il faut préserver. Car une photographie peut faire surgir un visage oublié. Elle ne dit pas comment retrouver le courage de lui parler.
Ma bibliothèque
Écouter un extrait
Cette histoire en chiffres
- Classement
- 12
- Vues · 30 jours
- 25
- Vues · 400 jours
- 25
Classement par affichages sur 30 jours parmi les histoires publiées. Ex æquo possibles ; sans affichage, cette histoire reste non classée.
Affichages de cette page sur les 30 derniers jours, pas lecteurs uniques ni lectures complètes.
Affichages enregistrés sur les 400 derniers jours, uniquement depuis le début du comptage. Ce ne sont pas des lectures complètes.
Extrait de l'histoire
Ninon reçut l'appel un mardi du début d'octobre, à huit heures moins dix, alors qu'elle buvait un café debout dans sa camionnette garée sur le parking désert de la gare de Vesargues. Grégoire Vasnier ne disait jamais bonjour avant d'avoir énoncé le problème, une habitude qu'elle avait fini par trouver presque reposante, à force. On savait toujours, avec lui, à quoi s'attendre dans les trois premières secondes d'un appel.
— Pont-Vèze, encore. La bande qui saute sur le quatrième cliché. Un client s'est plaint hier, il a eu un portrait flou avec une tache noire à la place de la dernière pose. Tu peux y passer cette semaine ?
Ninon reposa son gobelet sur le tableau de bord et chercha des yeux, par réflexe, le dossier de la cabine 14 dans la pile de classeurs qui occupait le siège passager depuis trois ans, celui-là même qu'elle connaissait déjà trop bien. C'était la cinquième intervention en huit mois sur cette machine précise, toujours sur le même cliché, toujours le même genre de défaut vaguement décrit. Une tache, un flou, une silhouette qui n'aurait pas dû s'y trouver.
— J'ai déjà changé le mécanisme d'obturateur en mars, dit-elle. Et l'entraînement du papier en juin. Si ça recommence, le problème n'est pas mécanique, Grégoire, ou alors c'est un problème que je ne sais pas réparer.
— Ce que je sais, c'est que la direction veut un parc homogène d'ici la fin de l'année, et que Pont-Vèze coûte déjà plus cher en interventions que les deux autres cabines de la ligne réunies. Vas-y, regarde, et dis-moi franchement si ça vaut encore le coup de la garder.
Il raccrocha sans un mot de plus, comme toujours, et Ninon resta un moment immobile derrière son volant, à regarder le quai vide de Vesargues se couvrir lentement de lumière. Elle travaillait pour Argentique Mobile depuis six ans, une entreprise de douze personnes qui restaurait et entretenait les derniers photomatons à développement argentique de la région, loués aux gares, aux musées et parfois aux mairies pour leur charme d'un autre temps, ce grain particulier que le numérique ne savait pas reproduire. Elle aimait ce métier précisément parce qu'il consistait à prendre soin de mécanismes que presque plus personne ne comprenait, et qu'elle pouvait passer une journée entière seule dans une gare, un tournevis à la main, sans avoir à expliquer à qui que ce soit pourquoi elle préférait cette solitude-là à toute autre compagnie.
Histoire verrouillée
La suite de cette histoire est réservée aux lecteurs qui l'ont débloquée avec leurs crédits.
Débloquer cette histoire — 2 créditsAvis des lecteurs
Cette histoire n’a pas encore reçu de note.
Histoires du même genre
-

LA VÉRITÉ DU LUNDI
À vingt-neuf ans, Flavie Orcel s'installe à Sallenoix avec un studio meublé, une rupture qu'elle préfère ne pas raconter et des liens presque rompus avec sa (…)
36 min de lecture
-

LA VISITE DE TROP
Depuis six mois, Noémie Albaric tente de refaire sa vie à Trouville-sur-Mer. Après onze années dans l'immobilier à Rouen et une rupture douloureuse, elle (…)
39 min de lecture
-

LE FIL QUI NE MENT PAS
Après la mort de sa grand-mère Odile, Suzanne Verdier quitte son atelier de restauration textile lyonnais pour reprendre une petite mercerie de village. À (…)
40 min de lecture