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L'INVENTAIRE DE LA RUE CREUSE
Mystère

L’INVENTAIRE DE LA RUE CREUSE

Par Mikaël Folio

40 min de lecture 2 crédits

5/5 · 1 avis

Publié le 25/09/2026 · Mis à jour le 25/09/2026

Synopsis

Noémie Castel, clerc d’inventaire pour l’étude de commissaire-priseur Sorel-Aubry, est chargée de dresser l’inventaire de la mercerie d’Hortense Mazan, une mercière de quatre-vingt-treize ans morte sans héritier proche autre qu’un petit-neveu, Grégoire Fontanel, pressé de tout vendre avant l’arrivée d’une benne réservée pour le surlendemain. En vidant les tiroirs de l’arrière-boutique, Noémie découvre des milliers de fiches manuscrites cachées parmi les bobines de fil : chacune décrit, avec une date et souvent un nom, un geste de gentillesse observé dans la rue au fil de cinquante ans.

Aidée par sa collègue Fabienne Aubry et par Marcel Ridoux, vieux client fidèle de la mercerie, Noémie reconstitue l’origine du geste : un incendie survenu en 1974, où toute la rue s’était mobilisée pour sauver Hortense sans jamais réclamer de remerciement. Trop pudique pour dire merci à voix haute, Hortense avait choisi de rendre cette dette en silence, indéfiniment, en consignant la mémoire de chaque bonté suivante.

Face à l’échéance de la benne, Noémie doit décider ce qu’elle fait de cette archive à la fois embarrassante et précieuse. Elle choisit de la sauver avec la complicité de Fabienne, qui découvre au passage son propre nom parmi les fiches, souvenir d’un geste de jeunesse oublié. Noémie commence ensuite à glisser anonymement certaines fiches dans les boîtes aux lettres des personnes concernées, reprenant sans le dire le geste d’Hortense, sans que quiconque, hormis Fabienne, ne sache jamais qui continue ce travail.

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Extrait de l'histoire

Noémie Castel se gara devant le numéro neuf de la rue Creuse un peu avant huit heures, le pare-brise encore couvert de la buée de la nuit. La rue portait bien son nom : étroite, encaissée entre deux rangées de façades du dix-neuvième siècle qui semblaient se pencher l'une vers l'autre au-dessus du pavé, elle ne recevait le soleil qu'à la mi-journée, et encore, pas en cette saison. Charmont n'était pas une grande ville, plutôt une sous-préfecture tranquille où l'on se croisait au marché du samedi sans toujours se souvenir des noms, mais où l'on reconnaissait les visages depuis toujours.

Elle travaillait comme clerc d'inventaire pour l'étude de commissaire-priseur Sorel-Aubry depuis six ans, un métier qu'elle avait choisi presque par hasard, après des études d'histoire de l'art qui ne menaient nulle part de concret, et qu'elle avait fini par aimer pour une raison qu'elle avait mis du temps à s'avouer : elle aimait entrer dans les maisons des morts avant que les vivants ne les vident tout à fait, et essayer, l'espace de quelques jours, de comprendre qui avait habité là. Ses collègues plaisantaient parfois sur ce penchant, lui reprochant gentiment de s'attarder trop longtemps sur des lettres sans valeur ou des albums de photographies que personne ne réclamerait jamais, mais Noémie n'avait jamais réussi à considérer un inventaire comme une simple opération de comptage.

Elle vivait seule depuis deux ans, dans un appartement au-dessus d'une pharmacie, à l'autre bout de la ville, après une séparation qu'elle n'évoquait plus qu'en quelques phrases sèches quand la question se posait. Elle n'aurait pas su dire précisément ce qui, dans ce métier, la retenait davantage que le reste de sa vie, sinon peut-être ce sentiment très simple de servir encore à quelque chose lorsqu'elle rendait à une famille un objet qu'elle avait cru perdu, ou lorsqu'elle prenait le temps de recopier, sur ses fiches d'inventaire, une inscription à moitié effacée que personne d'autre n'aurait remarquée.

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